lundi 21 mai 2018

Les chroniques de Virgin River, tome 2 : Refuge


Ce soir-là, à Virgin River, petite ville perdue dans les montagnes au nord de la Californie, la tempête fait rage. Alors que Vic s'apprête à fermer le bar où il travaille, une jeune femme débarque, un petit garçon endormi dans les bras. Elle a un bleu à la pommette, la lèvre fendue, et ce regard traqué des êtres que la peur talonne en permanence. L'ancien marine reconverti en cuisinier devine une histoire sombre et propose de les héberger pour la nuit.
Colosse taciturne, mal à l'aise avec les femmes, il décide, contre toute attente, de prendre la mère et l'enfant sous son aile. Avec tous les risques que cela comporte...


Mon avis

Y’a des jours où la chance nous sourit. Comme le jour où j’ai trouvé les tomes 2 à 7 de Virgin River à Emmaüs. Je me souviens encore, la neige n’allait pas tarder, ça devait être fin novembre, et le vendeur m’a vu arriver avec ma pile de romances et m’a lancé « vous, vous devez avoir hâte au mauvais temps, histoire de bouquiner toute la journée. » Alors ça oui, et pas qu’un peu !
Mais c’est par un joli jour de printemps que j’ai décidé de commencer le tome 2 de cette série doudou. J’en avais besoin. Le genre de journée où il vous faut du réconfort.

L’avantage de cette série, c’est que même si elle suit un certain fil rouge, les aventures ont un début et une fin dans chaque tome. Et les histoires d’amour concernent toujours d’autres personnages. Ici on va rencontrer Paige, qui fuit un mari violent. Elle se réfugie dans le bar de Vic qui était sur le point de fermer. Incapable de laisser une femme et son fils à la porte, il les héberge pour la nuit. Et ça ne sera pas que pour une nuit, on connaît la chanson.

Vic est un personnage qu’on rencontre dans le premier tome, et qu’on découvre beaucoup plus ici. Son histoire familiale m’a beaucoup touchée. C’est un gros ours au cœur tendre, qui ne s’est jamais demandé s’il aimerait changer des choses dans sa vie, et accueillir de nouvelles personnes qui pourraient la partager avec lui. Paige incarne le personnage blessé qui cherche un refuge. Elle est malheureusement tombée dans l’engrenage du mari pervers narcissique dont elle peine à se dépatouiller. Elle préfère fuir que l’affronter et le quitter. Elle sait que dans le premier cas, il y a des risques, mais elle pourra être loin de lui. Dans le deuxième, elle devra faire preuve de courage et de patience. Et quand on essuie une énième blessure, on n’en a peut-être plus la force.
Bien que chacun soit souvent un cliché des personnages habituels de romances, les rebondissements et les choix de l’autrice les concernant sont intéressants. Elle n’hésite pas à appuyer sur la corde sensible avec des familles qui doivent faire face à des instants de la vie difficiles, des choix de Dame Nature, pas toujours équitables. Mais c’est une belle fresque de ce qu’est la vie.

J’aime Virgin River pour ces petites histoires sympathiques, bien qu’ici, que ce soit la principale ou les secondaires, les thèmes abordés ne sont pas évidents et plutôt douloureux. Mais j’aime Virgin River surtout pour son décor. Virgin River représente le genre de petite ville dont je rêve. C’est Starshollow (Gilmore Girls) ou encore Tree Hill (Les frères Scott), mais dans les montagnes. Un petit endroit calme, où les gens se connaissent et s’entraident.

Si vous cherchez une lecture doudou, douce et réconfortante, c’est une valeur sûre.


Autrice : Robyn Carr
Éditeur : J’ai Lu
Collection : Pour Elle, Promesses
Parution : 28 août 2010
Pages : 411

lundi 23 avril 2018

Ainsi soit-elle


On a longtemps pris la parole de l'homme pour la vérité universelle et la plus haute expression de l'intelligence, comme l'organe viril constituait la plus noble expression de la sexualité.

Il faut que les femmes crient aujourd'hui. Et que les autres femmes - et les hommes - aient envie d'entendre ce cri. Qui n'est pas un cri de haine, à peine un cri de colère, car alors il devrait se retourner contre elles-mêmes. Mais un cri de vie. Il faut enfin guérir d'être femme. Non pas d'être née femme mais d'avoir été élevée femme dans un univers d'hommes, d'avoir vécu chaque étape et chaque acte de notre vie avec les yeux des hommes et les critères des hommes. Et ce n'est pas en continuant à écouter ce qu'ils disent, eux, en notre nom ou pour notre bien, que nous pourrons guérir.

B.G.


Mon avis

Il existe quantité de livres sur le combat pour l’égalité homme-femme. Est-ce que j’en ai lu beaucoup ? Non. Mais quand on commence, il faut bien commencer avec l’un d’entre eux. Mon commencement a eu lieu il y a bientôt 10 ans, quand j’ai écrit mon travail de diplôme autour du rôle du personnage féminin dans la littérature adolescente. Forcément, il me fallait une base de féminisme. Et j’avais lu le Que sais-je sur le sujet, chez PUF. Petit, mais costaud. Le deuxième sexe de De Beauvoir y est passé aussi, mais à 17 ans et même à 27, je le trouve très complexe et parfois indigeste. Du coup, je conseille une lecture en plusieurs étapes, en plusieurs fois.

Je sais qu’à la fin de cet article, vous serez plusieurs à me faire des recommandations de lectures. Je lirai tous vos commentaires, mais certainement pas tous vos conseils. Premièrement, car il me sera sûrement difficile de tout lire. Et deuxièmement, parce que je ne suis pas intéressée par tout. Le sujet est vaste, et ma liste d’envie déjà assez longue (vous la retrouvez en fin d’article). Arrêtons là cette introduction bien trop longue.

C’est en flânant un peu rapidement (quel joyeux oxymore que voilà) à la bibliothèque que je suis tombée sur l’ouvrage de Benoîte Groult. J’emprunte, et je le commence le soir même. En une soirée et quelques pages, elle me fait déjà pleurer 3 fois. De colère. De déception. Pas envers son texte, bien sûr que non, mais ce qu’il dénonce. Ce qu’il démontre, encore une fois, noir sur blanc, avec preuves à l’appui. Et c’en est désolant.
Avec un vocabulaire du quotidien, Benoîte Groult nous retrace bon nombre d’inégalités homme-femme. À travers ces exemples, elle ne fait pas seulement que parler de cette différence de traitement absurde d’un sexe à l’autre, elle réveille aussi toutes les inégalités. Couleur de peau, sexe et croyances étant les principales.
Ce texte n’est pas là pour cracher sa haine. Il prouve que le monde des Hommes a été mal construit. Beaucoup trop d’erreurs ont été excusées ou oubliées, laissées sans conséquence, à part pour celles et ceux qui en souffrent.

Au XXIe siècle, dans la plupart des pays d’Occident, nous ne sommes pas loin de cette égalité. Il reste du travail à faire, bien sûr, mais quand on voit tout ce qui a été accompli en 100 ans par rapportaux 20 siècles précédents (+ AJC), on peut continuer à se battre en y croyant vraiment. C’est ce que le texte de Groult m’a rappelé. Oui, j’ai souffert, et je souffre encore certains jours d’inégalités. Salaire plus bas que le libraire aux même taux horaire, et mêmes papiers que moi. Clients misogynes, qui ne veulent parler qu’à mes collègues masculins ou au gérant. Réflexions faites sur mon intelligence, ma profession, mon physique, mes choix, uniquement parce que je suis une femme. Comment le prouver me direz-vous ? Navrée, mais ça se ressent. Quelqu’un qui fait ce genre de remarques, sans prendre en compte le sexe de la personne à qui elle les fait, aura vraiment une autre attitude d’approche. 
Je n’accepte pas qu’on discrimine publiquement et dans « les règles » quelqu’un à cause de son sexe ou sa couleur de peau, qui ne sont pas des choix. C’est ainsi. Ainsi soit-elle, ainsi sommes-nous tous. Uniques, et humains.

Qu’on ne vienne pas me faire des théories sur nos différences. Je sais. Oui, les hommes ont un pénis, et les femmes un vagin, donc on n’est pas pareils ! D’ailleurs, à ce propos, on ne mutile pas le sexe, du sexe opposé. Sous aucun prétexte. Religieux ou autre, sans que le ou la principal.e concerné.e ne soit d’accord. Faut vouloir, mais soit. Les différences biologiques sont multiples, mais je vous rassure, les femmes font autant partie des êtres humains, que les hommes. Du coup, on s’aide, plutôt que se faire du mal ?

Ce livre est à transmettre. Fille ou fils. Mère ou père. Femme ou homme. On mérite mieux. À nous d’y contribuer.

Pour terminer petite liste, non définitive, des livres parlant du féminisme, de la femme, des menstruations, de l’égalité que j’ai envie de lire, ou que j’ai déjà lu, pour l’instant (23.03.18) :

  • Lune rouge de Miranda Gray
  • Puissance du féminin de Camille Sfez
  • Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir
  • Libérées de Titou Lecoq
  • Le nouveau féminin de Meghan Don
  • La révolte d’Eve de Marcelle Tinayre
  • Chère Ijeawele de Chimamanda Ngozi Adichie



Autrice : Benoîte Groult
Éditeur : Le livre de poche
Collection : -
Parution : 13 septembre 2006
Pages : 219


vendredi 20 avril 2018

Un hiver long et rude


Rien ne va plus chez les Cartwright. Alors qu'Emily s'apprête à donner naissance à son huitième enfant, Megan, fille unique de la fratrie et mère de substitution de chacun, décide de voler de ses propres ailes. À 21 ans, l'heure est venue pour la jeune fille de se libérer des siens. Adieu le Grand Nord canadien, bonjour le swinging London ! Mais pendant que Megan se cherche dans la Vieille Europe, les Cartwright, eux, tentent des survivre. Qui pour s'occuper du foyer, désormais ? Pour remplir le frigo ? Pour protéger Adam, 4 ans, et ses frères de la folie douce d'Emily ?

Des hivers immaculés du Canada au Londres frémissant des sixties, la destinée de trois membres d'une famille malmenée par les drames. Après Le Choix des Morrison, Mary Lawson signe un roman tout en finesse, plein de tendresse, de colère et d'amour.


Mon avis

Prévu pour mon Cold Winter Challenge, j’ai finalement attendu que Lilybullerose soit prête à le lire avec moi, en lecture commune.

Une fois n’est pas coutume, j’ai choisi ce titre pour une question de look. Certes, ce n’est pas la meilleure des raisons. Et en plus, ça m’a déjà valu de bien mauvaises surprises. Mais celui-ci, j’y croyais. Tout était là. Couverture. Titre. Résumé. Bref, je m’y voyais déjà. Et ? BINGO ! Excellente lecture.

Nous allons suivre une famille nombreuse, soit deux parents et huit enfants. Trois points de vue vont nous être offerts, celui de Megan, la seule fille, Tom l’aîné et Edward le père. Chacun va se succéder pour nous raconter son quotidien sur deux ans. Le rythme prend son temps pour se poser. Il faut bien quelques chapitres pour vraiment s’ancrer dans l’histoire, et s’attacher aux personnages. Une fois que c’est fait, ça a été un pur régal. J’ai trouvé le schéma intéressant et l’idée des narrations différentes permet de naviguer entre les années et les personnages facilement.

Megan, 21 ans, décide de quitter la maison. Enfin. Elle décide de partir du nord du Canada pour l’Angleterre. Oui, quand même. Sans grande surprise, c’est le personnage que j’ai le plus apprécié. Déjà pour une facilité d’identification, bien qu’elle soit loin de la fille unique, mais surtout pour son combat et ses idées. Elle veut changer de vie, et va avoir le courage de le faire. Depuis qu’elle sait aider, Megan a été le double de sa mère. Avant ou après l’école, c’est elle qui gérait la maison. Alors quand elle annonce son départ, peu de membres de la famille la prennent au sérieux. Et surtout Emily, sa mère. Quand Megan prend enfin ses valises, c’est pour arriver à Londres. Et rien ne va se passer comme prévu. Mais grâce à son indépendance, c’est une nouvelle vie qui s’offre à elle. On découvre une Megan changée, à l’aise dans son travail et sa vie. Jusqu’au bout, ce personnage ne peut que nous toucher et nous faire vibrer. Que ce soit par ses choix ou son sens des priorités.

Tom est un jeune homme complexe. Une grande carrière l’attendait, et pourtant, quelque chose va venir tout bousculer. Il se retrouve à la maison, dans une vie de famille qui commence à prendre l’eau. En effet, à travers son regard, nous allons découvrir la maladie qui va commencer à ronger sa mère. Emily n’est heureuse que quand elle enfante. Après huit enfants (dont un mort-né), le médecin déconseille d’agrandir encore la famille. Mais quand Tom revient, son petit frère Dominic est là, nourrisson de quelques jours. À partir de ce moment, rien ne compte plus pour Emily que ce petit être dont elle doit prendre soin. Adam, alors âgé d’à peine quatre ans, doit du jour au lendemain se débrouiller seul. Bon gré mal gré, Tom va prendre son jeune frère sous son aile, alors qu’il recherche plutôt la paix et la solitude. Son caractère d’ours mal léché va pourtant lui attirer une nouvelle amitié, et lui qui rêvait de rester seul, va découvrir qu’on peut s’attacher à nouveau.

Edward est un personnage ruminant. J’étais au départ très hermétique face à lui. Il ne cherche que son petit confort après le travail, et ne voit pas que sa maison n’a plus aucun sens. Edward est un personnage hanté. Les souvenirs de son père, violent, et de sa mère, courageuse, mais passive, ne cessent de lui revenir. Il craint de devenir le même individu que son père, et préfère s’isoler et ne pas intervenir dans l’éducation de ses enfants. Pourtant, ce n’est pas son passé qui va lui revenir en pleine figure, mais bien le présent. C’est un personnage qui n’avance pas, et qui ressasse toujours les mêmes douleurs et regrets. Ce sont ces souffrances qui m’auront permis de percer sa carapace, et enfin apprendre à l’apprécier.

Ce roman met en lumière plusieurs choses ; l’émancipation, avec Megan. Bien qu’elle souhaite partir, elle ne cesse de penser à sa famille, et culpabilise régulièrement de les avoir laissés seuls. Seuls. À dix. Dont trois adultes. On ressent tout le poids de la famille sur ses épaules. Poids qu’elle ne veut pas lâcher en Angleterre, vu qu’elle va s’ajouter de nouvelles charges, encore et encore. Le deuil, avec Tom. Avec son retour au bercail, il s’enlise dans une routine muette. Ne fait aucun effort pour s’en sortir. C’est finalement grâce à son petit frère qu’il va sortir la tête de l’eau et commencer à repenser à vivre. Et enfin le poids du passé, avec Edward. Comme ses enfants, il peine à se détacher. Il regrette certains choix et plutôt que d’avancer, ne fait que regarder en arrière.
On découvre aussi que même à vivre tous sous le même toit, on peut très bien s’éviter et ignorer les problèmes des autres. La douce descente vers la folie d’Emily en est la preuve. Tout le monde est d’accord pour dire que quelque chose cloche, mais personne ne bouge.

Le roman se déroule lors de grands hivers canadiens, où la neige n’est pas juste belle, elle handicape toute une ville. Des gens sont retrouvés morts de froid, et chaque sortie est une aventure. On découvre également l’hiver londonien à travers les yeux de Megan. Un hiver presque plus rude, malgré les degrés en plus.

Pour moi, ce roman est une réussite. Les messages ainsi que les personnages m’ont touchée.


Autrice : Mary Lawson
Éditeur : 10X18
Collection : Littérature étrangère
Parution : 21 janvier 2016
Pages : 380

mardi 17 avril 2018

L'île des oubliés


Saga familiale bouleversante et plaidoyer vibrant contre l'exclusion, L'Île des oubliés a conquis le monde entier avec ses personnages inoubliables. Traduit dans vingt-cinq pays, vendu à plus de deux millions d'exemplaires, ce roman d'évasion plein d'émotion et de suspense nous emporte au large de la Crète, sur une île au passé troublant.

Alexis, une jeune Anglaise, ignore tout de l'histoire de sa famille. Pour en savoir plus, elle part visiter le village natal de sa mère en Crète. Elle y fait une terrible découverte : juste en face se dresse Spinalonga, la colonie où l'on envoyait les lépreux... et où son arrière-grand-mère aurait péri.
Quels mystères effrayants recèle cette île des oubliés ? Pourquoi la mère d'Alexis a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? La jeune femme est bien décidée à lever le voile sur la déchirante destinée de ses aïeules et sur leurs sombres secrets...


Mon avis

Merci à Adèle pour cette lecture commune. Ce titre qui a fait connaître Victoria Hislop était dans ma « liste » de livres à lire cette année. La quatrième me faisait très envie, et j’avais envie de me laisser emporter par ce roman, comme tant de lecteurs avant moi.

L’histoire est construite en deux temps. D’abord, nous suivons Alexis, jeune femme partie en vacances en Crète qui profite de ce voyage pour découvrir la terre de ses ancêtres. Elle va y rencontrer Fotini, l’amie de sa grand-mère maternelle, qui va lui raconter l’histoire de sa famille. On plonge alors dans les années 1940, dans la vie d’Anna et Maria, deux sœurs, dont la mère est atteinte de la lèpre. Cette dernière va être envoyée sur une île non loin du village, où les lépreux sont isolés. C’est un coup dur pour tout le monde.
Cette construction m’a un peu dérangée. Nous ne revoyons plus Alexis avant la fin du récit et j’ai trouvé ça dommage. Elle ne fait que déclencher l’histoire, mais n’y apporte rien. La quatrième de couverture nous promet un secret de famille, et à force, vous savez à quel point j’en raffole. Mais si le secret est dévoilé dès le début, ou en partie, il n’y en a plus vraiment. L’intrigue était pour moi très simple, alors que je m’attendais à plus.
À côté de ça, c’est un roman qui se lit bien, je le trouve idéal pour des vacances par exemple.

Les personnages sont attachants, mais j’ai préféré suivre ceux qui se trouvent plutôt en second plan, que les principaux. Anna et Maria, malgré leurs différences, ne m’ont rien provoqué. Vu leurs tempéraments différents, je pensais m’attacher plus à l’une qu’à l’autre, mais non. J’ai préféré rencontrer leur père, Giorgis, qui est beaucoup plus brute, et d’une tendresse à couper le souffle. C’est un homme aux multiples facettes, qui n’hésite pas à jouer plusieurs rôles pour se préserver lui et sa famille. Il perd son temps au bistro du coin pour qu’on le prenne pour un homme qui aime boire des verres avec les hommes du village. Alors qu’il n’en est rien. En une journée, il devient papa-solo et presque veuf. Je pense qu’il en aurait eu des choses à raconter.
Anna est détestable. C’est le personnage que l’autrice crée pour qu’on ne l’aime pas. Elle n’a rien d’intéressant. Elle a été écrite, pour moi, uniquement dans le but de mettre des bâtons dans les roues de sa sœur. Pour que Maria nous devienne attachante. Le duo fonctionne, bien sûr, mais n’est pas assez travaillé. Maria est la fille parfaite. Vraiment parfaite. Trop, comparée à sa sœur. C’est ce qui fait que je n’ai pas réussi à m’intéresser à elle. Elle est le pendant positif d’Anna, et même son destin n’aura pas su m’impressionner.

J’ai effectué cette lecture début mars, nous venions d’avoir une couche de neige mémorable, et je me retrouvais à suffoquer sur les plages de Crète. Soit un mélange totalement absurde pour moi. Si vous avez besoin de chaleur, lancez-vous ! Rien que pour ça. De mon côté, ça aura été un frein. J’aurais pu m’en douter toute seule avant de commencer. Je préfère les histoires qui viennent du froid. Mais je ne me ferme aucune porte, des fois quelques rayons de soleil font également du bien. Juste pas cette fois.

Je ne ressors pas totalement convaincue, ni complètement déçue de cette lecture. C’est un mi-figue mi-raisin. Je reconnais le succès de ce titre, car il est plaisant à lire. De mon côté, j’aurais voulu en avoir plus.


Autrice : Victoria Hislop
Éditeur : Les Escales
Collection : -
Parution : 10 mai 2012
Pages : 431

samedi 14 avril 2018

Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles


Jane Rosenal a des amies, des amants, une grand-mère qui répète «C'était mieux avant» et une tante romancière ne se refusant aucune extravagance. Parfois, un homme surgit et Jane croit entrevoir l'amour. L'instant d'après, elle ne sait plus.

Véritable guide de survie en milieu urbain, ce roman évoque l'éternelle quête du bonheur. Dès sa parution, à l'aube des années 2000, Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles a connu un succès international, devenant le livre emblématique d'une génération.


Mon avis

Pris complètement par hasard à Emmaüs, ce livre au titre à rallonge et à la photo de la couverture prise sur le vif m’attirait énormément. J’ai profité de mes vacances pour découvrir la vie de Jane, le personnage principal.

Pas d’étincelle entre le texte et moi. Et c’est vraiment dommage. J’avais envie d’aimer ce livre. Je voulais lire quelque chose de drôle et de terrible à la fois. Et pourtant, j’ai souri plus d’une fois durant ma lecture. Mais l’autrice nous en donne trop peu pour que je m’accroche réellement. Le roman est rythmé par des fragments de la vie de Jane, de ses 14 ans jusqu’à sa trentaine. Le fait qu’il soit ainsi découpé ne l’avantage pas. Ce sont de longs morceaux de vie, qui n’aboutissent à rien. Si j’ai été touchée par le chapitre où elle nous parle de sa situation en employant le « vous », j’ai été totalement larguée dans le chapitre du point de vue de la voisine de sa tante, qu’on ne rencontre à aucun moment (sauf dans ce chapitre) et qui n’apporte rien à la vie de Jane. Je me demandais « pourquoi choisir ce point de vue de narration ? ».
Le dynamisme en prend donc un coup, et la lecture n’est pas particulièrement plaisante. Les chapitres sont sympathiques, mais peu de choses les relient entre eux. Ce qui nous donne un patchwork de la vie de Jane, sans qu’on puisse vraiment y entrer et s’attacher à tout ce qui l’entoure.

Jane est une adolescente avec de la répartie. À 14 ans, elle est très proche de son frère, qui en a 20. Les petites amies de ce dernier défilent, et la jeune fille n’hésite pas à souvent leur faire du rentre-dedans quand elle les rencontre. En grandissant, elle va garder ce tempérament et rarement avoir peur de dire ce qu’elle pense. Quand elle voit qu’on se joue d’elle, elle entre volontairement dans la partie et souvent, en change les règles. Avec tous ces points positifs, je garde un excellent souvenir de Jane, mais je suis restée de marbre face à l’histoire.

Certains personnages sont à peine décrits, comme si l’autrice ne leur donnait volontairement pas plus de corps pour souligner leur fugacité dans la vie de Jane. Les lieux sont importants aussi. Que ce soit la maison de vacances, celle de son enfance et celle de ses 25 ans. Son séjour à Paris. L’appartement de son conjoint. L’appartement de sa tante. Chacun signe un tournant dans sa vie.

Si le livre ne m’a pas marquée, je regarderai avec plaisir l’adaptation avec Sarah Michelle Gellar Une fille à la page.


Autrice : Melissa Bank
Éditeur : Rivages
Collection : Bibliothèque étrangère
Parution : 6 janvier 1999
Pages : 244

mercredi 11 avril 2018

Le temps des miracles


Lorsque les douaniers m'ont trouvé, tapi au fond d'un camion à la frontière française, j'avais douze ans et j'étais seul. Je n'arrêtais pas de répéter : « jemapèlblèzfortunéjesuicitqyendelarépubliquedefrance célapurvérité ».

Je ne savais pas que mon passeport était trafiqué, et en dehors de ces quelques mots, je ne parlais que le russe. Je ne pouvais pas expliquer comment j'étais venu du Caucase jusqu'ici, dans le pays des droits de l'homme et de Charles Baudelaire.

Surtout, j'avais perdu Gloria. Gloria Bohème, qui s'était occupée de moi depuis que ma mère avait disparu. Avec elle, j'avais vécu libre, malgré la guerre, malgré les frontières, malgré la misère et la peur. Elle me manquait terriblement, mais j'ai toujours gardé l'espoir de retrouver cette femme au coeur immense, qui avait le don d'enchanter ma vie.


Mon avis

Lu en lecture commune avec Reikuranpanda, Le temps des miracles fait partie des romans d’Anne-Laure Bondoux qui manquaient à ma bibliothèque. L’autrice va nous parler de la fuite, de la migration, mais aussi de la guerre et du terrorisme. Le combat d’une femme pour sauver un enfant. Et le combat d’un enfant pour vivre.

C’est l’histoire d’un jeune garçon appelé Koumaïl dans le Caucase, et Blaise, sur son passeport français. Il vit avec Gloria, une femme qui l’a recueilli alors qu’il n’était qu’un bébé. Koumaïl est en fait le fils de Jeanne Fortune, une Française victime d’un attentat terroriste dans un train. Son fils Blaise a survécu, et depuis ce jour, Gloria met tout en œuvre pour ramener le petit garçon dans son pays d’origine.

Malgré les difficultés de la vie, Koumaïl est un enfant courageux et téméraire. Son innocence permet à Gloria de lui faire faire beaucoup de choses, pour qu’ils s’en sortent. Elle lui raconte quantité d’histoires, qui semblent toutes plus réalistes les unes que les autres, et qui doivent déboucher sur l’arrivée de Koumaïl en France. L’autrice invoque la violence de la guerre, et la montre sans prendre de pincettes avec ses lecteurs. C’est un point très positif avec Anne-Laure Bondoux, c’est qu’elle reste franche, qu’importe l’âge de ses personnages. La guerre, c’est la guerre, et ce n’est pas moins violent pour des enfants. Voilà la dure réalité. Koumaïl va devoir se battre dans tous les sens du terme, pour avancer et tenter de connaître un monde meilleur.
Gloria, sa compagne depuis toujours, est un personnage qui m’a incroyablement touchée. Tout ce qu’elle met en œuvre pour sauver la vie de cet enfant est remarquable. Sa propre vie passe au second plan, son but est que l’enfant aille bien. Pour ça, elle n’hésitera pas à tout sacrifier. Son tempérament à toute épreuve ne peut que forcer notre admiration.

C’est un texte rude, dans une atmosphère pesante et poussiéreuse. Les personnages avancent comme ils peuvent, souvent ballottés dans des camions remplis de passagers clandestins. La nourriture manque souvent, tout comme l’argent. Personne ne sait de quoi sera fait demain. On ressent toute la peur de devoir fuir à tout moment, en emportant uniquement le nécessaire. Ne pas avoir d’endroit à soi, devoir toujours s’enfuir et partir. Ne jamais être accepté nulle part, et ne jamais être en paix. L’autrice sait mettre toutes ces sensations en évidence, et nous dépeint le quotidien de milliers de personnes dans le monde, à travers une fiction.

Une lecture forte, qui ne laisse pas indemne. Que ce soit par ses personnages, son sujet ou encore sa révélation.

Autrice : Anne-Laure Bondoux
Éditeur : Bayard Jeunesse
Collection : Millézime
Parution : 8 janvier 2009
Pages : 254

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