dimanche 23 avril 2017

146298

« La fille met des gants. Elle applique la feuille, appuie dessus avec le plat de sa main et la retire lentement. Je regarde.
Mon avant-bras.
C'est là.
Le motif apparaît. Les chiffres.
La succession froide que je connais par coeur.
Ce que ce tatouage va révéler a toujours existé. »


Mon avis

Dans le cadre du Salon du livre de Genève 2017, je vais rencontrer Rachel Corenblit. Pour préparer cette interview, on m’a envoyé son roman 146298, petit texte paru dans la collection D’une seule voix chez Actes Sud Junior.

65 pages, c’est court. Et j’avais peur de ne pas réussir à entrer dans l’histoire en si peu de pages. Pourtant, l’autrice réussit l’exploit d’embarquer son lecteur dès la première ligne. Cette succession de chiffres est un mystère, mais chaque page nous rapproche de la dure vérité.
On découvre une relation également, celle de la petite-fille et de sa grand-mère. La vie. Les souvenirs. L’oubli. La liberté.

C’est un texte poignant. Qui met en avant un pan de l’histoire qu’on n’oubliera jamais. Mais aussi la recherche d’identité d’une ado qui ne comprend pas encore. Qui essaie de vivre ce qu’on ose à peine imaginer. Elle va jusqu’à tester ses limites pour ressentir l’atrocité des souvenirs de sa grand-mère.

65 pages qui restent gravées dans notre mémoire.
Comme les chiffres tatoués sur la peau.


Autrice : Rachel Corenblit 
Editeur : Actes Sud Junior
Collection : D'une seule voix
Parution : 2 septembre 2015
Pages : 65
EAN-13 : 9782330053758 

jeudi 20 avril 2017

Les mondes d'Ewilan, tome 3 : Les tentacules du mal

« Un frisson d'angoisse parcourut le dos d'Ewilan. - L'Appel Final mérite des jeux extraordinaires, peuple de Valingaï, poursuivit Baaldoub. Je t'ai donc concocté un programme éblouissant, un programme sanglant, un programme à ta mesure ! »
Ewilan parvient dans la cité-État de Valingaï. Elle affronte la force obscure d'Ahmour en un combat épique puis les terribles révélations d'Eléa Ril' Morienval, avant de choisir son avenir. 


Mon avis 

Peut contenir des spoilers concernant les tomes précédents Les mondes d'Ewilan : La forêt des captifs, L'oeil d'Otolep.
 


Et voilà. On y est, c’est terminé. Plus jamais je ne découvrirai un texte de Pierre Bottero « comme la première fois ». J’ai repoussé le plus longtemps possible ma lecture de la trilogie Les mondes d’Ewilan, parce que je savais qu’après ça, il n’y aurait plus jamais rien de nouveau. Parce que j’avais déjà relu plein de fois La Quête, Ellana, L’Autre, Les âmes croisées et tant d’autres.
Le premier et le deuxième tome de cette trilogie ne m’avaient pas franchement convaincue. Trop introductif pour l’un, trop répété pour l’autre. Ce troisième et dernier tome relève le niveau et nous apporte une fin de saga digne de Pierre Bottero.

L’auteur va jouer avec nos nerfs durant en tout cas 50 pages, intenses et pleines de doutes. Il maîtrise l’ascenseur émotionnel à la perfection, et j’ai souvent versé ma petite larme pour la ravaler juste derrière. Pourtant vous le savez, j’ai plutôt un cœur de pierre en littérature. Oui, sauf qu’avec mon avis sur Adélaïde de Marie Laberge et maintenant celui-ci, vous vous dites que je vous ai clairement menti.
Pierre Bottero innove ! Il nous présente de nouveaux peuples et un nouveau continent. Qui pour moi arrivent un peu tard. Il aurait largement pu introduire cette partie du monde dans le deuxième tome, en raccourcissant l’aspect « quête » de ce dernier, qui ressemblait beaucoup trop à la première trilogie.

Ewilan et ses amis sont enfin arrivés de l’autre côté de la mer des Brumes et cherchent à rejoindre Valingaï, la cité dont vient le jeune Illian. Si tout se passe bien dans un premier temps, ils vont vite se rendre compte que ce continent ne ressemble pas à Gwendalavir, et qu’ils ne sont pas toujours les bienvenus. De plus, Ewilan doit également trouver un moyen pour détruire Ahmour, la méduse qui a pris possession de l’Imagination et empêche les dessinateurs d’entrer dans les Spires.
Que dire de plus ? Franchement, ce tome est très bon, il clôt parfaitement un cycle, mais malheureusement pour les fans, je trouve qu’il en ouvrait également un autre. Le dernier chapitre, ainsi que la nouvelle carte au début du roman, auraient pu laisser envisager une suite. Une troisième trilogie. Car finalement, on explore très peu ce nouveau monde. Et j’aime imaginer que Bottero aurait pu nous concocter une suite, juste pour expliquer ou montrer une petite chose qu’on peut découvrir quand on a lu le dernier tome de L’Autre. Je vous disais déjà que les livres de l’auteur se croisaient volontairement.

Ce tome est peut-être le plus adulte de la série Ewilan. Il parle de beaucoup de sujets : amour, famille, amitié, mais également politique, religion et guerre. L’aventure ne sera pas tendre avec les personnages, et on retient notre respiration plus d’une fois. On relit certains passages pour être sûr. Et on croise les doigts pour que le pire n’arrive pas.
Tous les personnages m’ont réjoui. Ewilan est une véritable héroïne pour moi, elle ne se laisse pas aveugler par son statut, et n’accepte pas certaines fatalités. Elle est réaliste. Même si elle est très courageuse, on la sait également apeurée par cette aventure et l’affrontement final. Et que dire sur Ellana, Bjorn, Salim et les autres ? Chacun va terriblement me manquer. Et je relirai avec grand plaisir leurs aventures, encore et encore.

Pierre Bottero aura créé un univers merveilleux. Avec des personnages et des histoires qui auront bercé mon adolescence.


Auteur : Pierre Bottero
Editeur : Rageot
Collection : -
Parution : 14 octobre 2015
Pages : 440
EAN-13 : 9782700249316

mardi 18 avril 2017

Grandes ou petites bibliothèques ?

Vous n’imaginez pas le nombre de messages que je reçois me disant : je ne peux pas être blogueur/booktubeur, car je n’ai pas une assez grande bibliothèque. Chaque fois, j’écarquille un peu plus les yeux, car je me demande d’où vient cette idée, que plus on aura de livres chez soi, plus on sera légitime à être booktubeur ou blogueur littéraire. J’admets que suivre des gens qui possèdent de grandes bibliothèques, bien garnies, n’aide pas à se dire qu’une petite rangée de livres, ou pas de livres du tout n’empêche pas de se lancer dans l’aventure. Ou de se désigner comme étant un grand lecteur. Et pourtant…

Petit retour en arrière. 2004, je vous présente Margaud, environ 14 ans. Margaud a un peu d’argent de poche, là n’est pas la question, mais les livres, ça coûte cher. Sa maman est très gentille et lui en offre de temps en temps, mais elle non plus n’a pas de compte en banque illimité. Donc elles vont souvent à la bibliothèque, et là, c’est le paradis des livres ! Si Margaud rêve d’avoir un jour une bibliothèque de la taille de celle de la Bête, avant d’atteindre ce stade, elle emprunte tout ce qu’elle peut, et fait de sacrées découvertes. Mais petit à petit, elle commence à faire sa petite collection personnelle. Et les livres s’accumulent doucement. Doucement. C’est comme ça que ma bibliothèque ressemble aujourd’hui à ce qu’elle est. Parce que les choses se sont faites petit à petit.




Là où je veux en venir, c’est que la taille de votre bibliothèque ne détermine pas quel genre de lecteur vous êtes. Je fais constamment du tri dans la mienne. Car je n’ai pas la place pour en mettre d’autres. Et je ne voudrais pas en ajouter d’autres finalement. Je ne collectionne que peu de choses, voire presque rien d’autre que les livres. C’est mon petit plaisir, et quand il me reste du budget à la fin du mois, je me permets un petit craquage. Parce que c’est mon truc. Pour d’autres ça sera des chaussures, du vin, des DVD, de la musique, ou que sais-je d’autre, ou rien !
Mais je sais que certains livres n’ont plus leur place chez moi. Ils ne me correspondent, ne me représentent plus. Donc je les donne. Pour qu’ils fassent plaisir à d’autres lecteurs. Je m’en sépare, pour que d’autres que j’ai plus aimés prennent leur place. C’est un cycle. Il faut aussi retenir que nous n’avons pas tous le même budget à disposition pour nos passions. Chacun son rythme de vie. Et quand on a 14 ans, ou la vingtaine et encore aux études dans un mini studio, une grande bibliothèque n’est pas une priorité. Donc emprunter à la bibliothèque est la meilleure des solutions. Et permet de lire tout autant que si on les avait achetés. C’est bien le texte qui compte, non ?

Ne comparez pas vos bibliothèques avec celles des autres. Elles ne vous ressemblent sûrement pas. Car vous êtes en train de construire la vôtre. Elle est peut-être petite pour l’instant, ou inexistante. Mais si vous en avez vraiment envie, avec le temps vous commencerez à acquérir les livres que vous souhaitez vraiment y voir. Et avec l’âge, certains livres qui s’y trouvent ne vous sembleront plus être à leur place, et vous les remplacerez par d’autres. Et ainsi de suite.
Gardez à l’esprit que le plus important est de découvrir, lire et aimer ça. Pas la façon dont les livres vont s’entasser chez vous.

dimanche 16 avril 2017

Forbidden

She is pretty and talented - sweet sixteen and never been kissed. He is seventeen; gorgeous and on the brink of a bright future. And now they have fallen in love. But... they are brother and sister.

Seventeen-year-old Lochan and sixteen-year-old Maya have always felt more like friends than siblings. Together they have stepped in for their alcoholic, wayward mother to take care of their three younger siblings. As defacto parents to the little ones, Lochan and Maya have had to grow up fast. And the stress of their lives—and the way they understand each other so completely—has also brought them closer than two siblings would ordinarily be. So close, in fact, that they have fallen in love. Their clandestine romance quickly blooms into deep, desperate love. They know their relationship is wrong and cannot possibly continue. And yet, they cannot stop what feels so incredibly right. As the novel careens toward an explosive and shocking finale, only one thing is certain: a love this devastating has no happy ending.


Mon avis

Pour cette chronique, je vais devoir m’armer de patience, car elle va être compliquée à rédiger. Forbidden va paraître en français aux éditions Milady d’ici juillet 2017 normalement, et j’espère que vous le lirez, histoire qu’on puisse en débattre un peu. Ou si vous êtes très impatients, la version anglaise est disponible, mais pas super évidente à lire.

Lu en lecture commune avec Moody, j’étais très heureuse de pouvoir lui en parler à la fin. Ce livre est très particulier. On réfléchit beaucoup, et on remet constamment son jugement en question. Tabitha Suzuma aborde un thème très difficile, peu répandu et plutôt tabou : l’amour entre un frère et une sœur (pas de spoil, c’est sur la couverture et la 4e). Elle va nous faire entrer dans le quotidien morose de Lochan et Maya, un frère et une sœur de 16 et 17 ans qui doivent jouer le rôle de parents auprès de leurs plus jeunes frères et sœurs. Le père est parti depuis de nombreuses années, et la mère est une alcoolique peu présente. Cette situation plutôt ambiguë va leur faire endosser une fonction qui n’est pas la leur, et peut-être aider à développer certains sentiments l’un envers l’autre.

Lochan a 17 ans, il est le plus grand de la fratrie et aussi le plus déprimé. Si au départ j’ai eu beaucoup d’affection pour lui, je l’ai rapidement trouvé très extrême dans son comportement. Crises de colère et grosse déprime étaient au rendez-vous.  
De l’autre côté, Maya est une jeune fille pleine de ressources, qui fait son possible pour que toute la famille avance chaque jour un peu mieux que la veille. Je ne peux pas vous dire que je n’ai pas aimé Lochan, on s’attache beaucoup à lui et ses réflexions sur le monde qui l’entoure m’ont rappelé beaucoup de choses. Une phrase en particulier m’a sauté à la gorge : « …je veux sortir de ma propre peau ». C’est une sensation qu’on peut facilement avoir quand on est mal dans sa peau. Malheureusement, il a vite basculé de l’autre côté du miroir pour moi. Il lui manquait cet touche d'« espoir ». J’aurais aimé voir plus de lumière dans ce personnage.
Ce que Maya possède finalement. Elle n’est pas tout le temps joyeuse non plus, et reflète pour moi parfaitement l’adolescence. Beaucoup de doutes, mais aussi des moments plus légers. Je ne sais comment l’expliquer.

Finalement, que penser exactement de cette histoire ? Elle est touchante. Marquante. Et pour moi, dérangeante aussi. J’avais cette impossibilité à me faire à cet amour. Peut-être parce qu’on en parle trop peu ? En fait, j’essaie encore de le comprendre maintenant, bien des jours après avoir terminé ma lecture. J’essaie de faire la part des choses. Et même si les personnages m’ont touchée, par leur histoire tendre et naturelle pour eux, je n’arrive pas à me mettre à leur place. Je n’arrive pas à ressentir leurs émotions. Peut-être que ça viendra avec le temps.
La fin m’a coupé le souffle. Elle n’a pas pris la direction que j’attendais, et du coup j’ai du mal à l’accepter. Finalement, elle correspond à l’histoire, c’est tout ce que je peux vous en dire, sans vous donner trop d’informations.

Mais je conseille ce livre, car il pousse à la réflexion. On s’intéresse à des sujets tabous, à travers des personnages intéressants.


Autrice : Tabitha Suzuma
Éditeur : Definitions
Collection : -
Parution : 27 mai 2010
Pages : 432
EAN-13 : 9781862308169

vendredi 14 avril 2017

Carry On

Simon Snow déteste cette rentrée. Sa petite amie rompt avec lui ; son professeur préféré l'évite ; et Baz, son insupportable colocataire et ennemi juré, a disparu. Qu'il se trouve à l'école de magie de Watford ne change pas grand-chose. Simon n'a rien, mais vraiment rien de l'Élu. Et pourtant, il faut avancer, car la vie continue...


Mon avis

Comme je vous le disais précédemment, j’ai pu rencontrer Rainbow Rowell durant le Salon du livre de Paris. Pendant cette interview, je lui ai posé deux-trois questions sur son dernier roman : Carry On. J’avais plus qu’adoré Fangirl, qui fait partie de mes chocolats chauds livresques, livre doudou que je prendrais plaisir à relire (d’ailleurs, il faudrait que je planifie ça prochainement). J’étais impatiente d’entrer dans le monde de Simon Snow, et comme l’autrice elle-même m’en avait parlé avant, j’entrais confiante dans cette histoire.

Lu en lecture commune avec Anaïs, de la chaîne Ezila’s Book, nous avons toutes les deux eu le même ressenti : lecture décevante. Pour remettre l’église au milieu du village, Carry On est la fanfiction que Cath, personnage de Fangirl, écrit durant son cursus universitaire. La saga Simon Snow rappelle bien sûr celle d’Harry Potter, et le dernier tome n’étant pas encore sorti, Cath imagine sa propre fin en fanfiction. Le succès est au rendez-vous sur le net ! Mais par contre, Rowell n’a pas écrit Carry On comme Cath l’aurait fait, elle l’a écrit de son point de vue à elle.
En tant que lecteur de Fangirl, nous avons pu apercevoir certains passages de Carry On. Rainbow Rowell avait donc expérimenté le genre fantastique, et voulait maintenant effectuer un virage dans ses romans et tenter complètement l’aventure Simon Snow.
Il y a ce petit quelque chose de Rowell que j’ai retrouvé. Cette lenteur, ces personnages qui se découvrent et prennent le temps de s’apprécier. Dans ses autres romans, c’était quelque chose que j’aimais voir. Malheureusement, dans Carry On, je trouvais que ça n’allait pas avec le genre. Imaginez qu’on vous propulse dans le dernier tome d’Harry Potter. Les personnages se connaissent déjà depuis de nombreuses années, il y a donc certains aspects de l’histoire sur lesquels il n’est pas nécessaire de s’attarder. Et je pense que ce qui m’a le plus dérouté, alors que ça devait sûrement être très drôle, ce sont les noms des sortilèges ! Plus des comptines que des sorts finalement. Et j’ai malheureusement été peu réceptive à ce choix, que j’ai même trouvé un peu ridicule.

Simon Snow entre en dernière année, il est l’élu de tous les mages et va devoir affronter une bonne fois pour toutes une entité maléfique qui efface la magie de certaines parties du pays. Le personnage de Simon n’a pas fonctionné avec moi. Il est un peu niais, et s’attarde sur des détails qui ne valent pas la peine. Du coup, ça fait traîner l’histoire, et même si je me répète, personnellement j’ai trouvé que ce genre de contemplation n’allait pas avec le récit. On patauge dans la semoule.
Le seul personnage qui m’aura fait continuer cette lecture, c’est Baz. Bien qu’il soit très contradictoire sur plusieurs points, il était pour moi la pièce maîtresse du roman. J’avais envie de le découvrir et d’enfin voir LA fameuse scène.

Finalement, j’ai été heureuse de lire de très bons avis concernant ce roman. Ça prouve que Rowell peut faire autre chose. Et c’est une autrice que j’admire beaucoup, et dont je continuerai à lire les livres. Est-ce que l’un d’entre eux surpassera Fangirl, j’en doute, mais j’espère qu’elle me réserve encore de belles surprises.
Si j’avais un conseil à vous donner, c’est de peut-être découvrir l’autrice avec celui-ci, ou sans avoir lu Fangirl avant. Vous aurez peut-être moins d’attentes. C’est ce qui m’a posé problème, je pense. J’en attendais trop.


Autrice : Rainbow Rowell
Editeur : Pocket Jeunesse
Collection : -
Parution : 5 janvier 2017
Pages : 585
EAN-13 : 9782266271523

lundi 3 avril 2017

À un fil

Géorgie est au trente-sixième dessous : cela faisait des années que son mariage battait de l'aile, mais cette fois, c'est la fin. Alors que son mari est parti passer Noël avec ses enfants dans le Nebraska, elle reste seule à Los Angeles, car elle a pris la fâcheuse habitude de faire passer sa carrière avant sa famille. C'est alors qu'elle tombe sur un vieux téléphone jaune à cadran rotatif. Contre toute attente, cette antiquité va lui permettre de faire un bond de quinze ans en arrière et de communiquer avec Neal dans le passé. N'est-ce pas l'occasion rêvée pour résoudre leurs désaccords et retomber amoureux comme au premier jour ?


Mon avis

Je me mets enfin à jour dans les romans de Rainbow Rowell ! Ce que j’aime avec cette autrice, c’est qu’elle passe d’un genre à un autre, ou d’un public à un autre très facilement. J’ai rapidement terminé À un fil, qui est une histoire plutôt originale et pleine de bons sentiments. Trop peut-être ?

Ce qui m’a peut-être le plus dérangé dans ce roman, c’est que Rowell utilise énormément, et sûrement trop de dialogues. Ce qui en fait un roman digne d’un téléfilm, car tout est dans les échanges qu’ont les personnages entre eux. Vu que le fil conducteur repose sur un vieux téléphone jaune, ça tombe bien, mais un peu de contemplation et de détails n’auraient pas fait de mal.

Georgie bosse dans les séries TV et son idée de scénario va peut-être enfin être acceptée par une grosse production. Problème, le directeur souhaite rencontrer son équipe le 27 décembre. Entre temps, il y a Noël, et surtout des épisodes à écrire. Les fêtes en famille tombent à l’eau, ce qui déplaît beaucoup à son mari Neal, homme au foyer qui part avec leurs deux filles, comme prévu, à Omaha. Georgie décide de retourner durant ces quelques jours chez sa mère. Avec son smartphone toujours à plat, difficile de joindre sa petite famille, elle va donc utiliser son téléphone d’ado. Surprise, au bout du fil se trouve bien Neal, son mari, mais la version de ’98 et non celle de 2013. Un joli clin d’œil à Retour vers le futur, où la Delorean se transforme en téléphone jaune.

Le personnage de Georgie est difficile à comprendre pour moi. Elle a beaucoup de réactions étranges, et agit de manière bizarre dans pas mal de situations. Plutôt que d’aller directement acheter une nouvelle batterie, elle me donnait l’impression de faire exprès de ne jamais réussir à joindre son mari. Buté et en colère, ce n’est en tout cas pas ce dernier qui allait faire l’effort de revenir vers elle. Elle passe pour la méchante femme carriériste qui fait passer sa famille après le reste. J’ai trouvé dommage de lui donner cet aspect. On peut être carriériste sans pour autant oublier sa famille. Son associé étant célibataire, bizarrement, ça ne pose pas de problème de son côté.
Je vois que l’autrice a voulu « échanger » les rôles clichés qu’on rencontre habituellement : madame à la maison, monsieur trop engagé dans son travail. Mais ça n’a pas été fait de la meilleure des manières. De plus, Georgie se rabaisse beaucoup. Un passage m’a beaucoup marqué, elle parle des changements entre leur vie sans enfants, et avec. Comme quoi elle était alors la plus sportive des deux, et depuis qu’elle a eu deux enfants, elle se laisse aller. Contrairement à Neal, chez qui le fait d’avoir deux enfants a boosté sa motivation à se raffermir. On insiste sur un détail. J’avais envie de lui dire : ma grande, t’as mis deux enfants au monde. C’est déjà une épreuve en soi, et tu te rabaisses encore et tu complexes par rapport à ton poids ! Moi-même j’ai complexé après ma grossesse, mais je trouvais que l’accent sur cette scène et cet état d’esprit n’était pas positif.

En dehors de cela, l’aspect général du bouquin m’a pas mal plu. Mais j’ai senti qu’elle essayait de sortir des clichés habituels, et finalement je me demande si elle n’est pas tombée dans l’autre extrême ?
Finalement, le coup du téléphone qui appelle dans le passé est plutôt chouette. Ça apporte une jolie touche de magie, et beaucoup de nostalgie pour Georgie. Grâce à ce retour en arrière, elle remet ses idées en place et va enfin ouvrir les yeux sur sa vie. Est-ce que le choix final était à la hauteur ? Peut-être pas. Une autre version aurait pu être beaucoup plus originale, mais elle était digne des belles histoires. Celles qu’on a envie de voir bien se terminer.


Autrice : Rainbow Rowell
Éditeur : Milady
Collection : Littérature
Parution : 23 janvier 2015
Pages : 412
EAN-13 : 9782811213558

samedi 1 avril 2017

Interview de Rainbow Rowell

Dans le cadre du salon du livre de Paris, j'ai rencontré l'autrice Rainbow Rowell. Malheureusement la salle été bruyante, et mon micro pas assez bon. J'ai préféré ne pas vous proposer la version vidéo, car sa qualité est mauvaise. Voici donc mes questions et ses réponses, retranscrites.


Certains de mes abonnés écrivent également, comment avez-vous commencé ?
Quand j’étais petite, tout le monde me complimentait sur mes écrits, donc il était évident pour moi que je devais écrire pour vivre, une fois plus grande. J’ai fait une école de journalisme, et j’ai été journaliste dans un journal pendant 10 ans. Et pendant ce temps, j’ai écrit mon premier roman : « Attachement ».

Que ce soit dans « Attachement » ou dans « Eléanor & Park », vos histoires se déroulent souvent dans les années 80/90. Êtes-vous nostalgique ?
« Eléanor & Park » représente clairement mon adolescence en 1986, et je me suis dit que personne ne pourrait mieux écrire sur Omaha en 1986, que moi, car j’y étais, je l’ai vécu. Je pense également que l’adolescence est la partie de nos vies dont on se souvient le mieux, c’est une étape importante et elle marque nos vies, plus que d’autres moments. J’avais envie d’écrire sur cette époque.

Vous travaillez différents modes de communication entre vos personnages (mails, téléphone, etc.), pourquoi ?
J’aime faire parler les gens, et les faire tomber amoureux grâce au langage. Et je n’aime pas regarder une émission, ou lire un livre, où les personnages tombent amoureux au premier regard sans même s’adresser la parole… bon, c’est vrai que Eleanor et Park sont très silencieux (rire). Mais la magie des mots raisonne un peu comme une chanson pour moi, et tous ces échanges rythment une relation. Et du coup, j’adore écrire les dialogues. J’aime encore plus faire parler plusieurs personnages en même temps, les conversations de groupe, les réparties qu’ils peuvent s’envoyer, etc. C’est pour que ça que je suis attirée par les conversations, ou les voyages en voiture (des espaces confinés où les personnages n’ont pas d’autre choix que de se parler). Beaucoup moins par les textos, c’est moins intéressant à écrire.

Est-ce que vos personnages ont des liens entre eux ? Par exemple, est-ce qu’Eléanor est une version ado d’un autre personnage présent dans un autre roman ?
Non, pas vraiment. Le vrai lien c’est moi, bien sûr, chacun des personnages a à la fois beaucoup de ma personne, mais également pas grand-chose. J’adore combiner mes personnages et les créer. Il y a quelque chose, littéralement, qui relie tous les livres, c’est la ville. Chacune de mes intrigues se déroule à Omaha, mais à des époques différentes. Mais tous mes personnages ont finalement le même âge, ils pourraient très bien se rencontrer d’ailleurs. Peut-être que je devrais le faire dans un livre un jour, une grande réunion entre tous ces personnages qui se sont sûrement déjà croisés.

"Carry on" est vraiment différent de vos autres romans, pourquoi être partie dans un autre genre ?
J’ai toujours lu de la fantasy ou de la science-fiction moi-même. Mais étant journaliste, j’étais ancrée dans le réel, et je me disais que je serais incapable d’écrire de la fantasy. Et finalement, j’ai essayé. J’ai écrit « Fangirl » avec un peu de fantasy, j’ai donc pu expérimenter le genre. Après ça, je me suis entièrement lancée dans cet univers magique. De plus, après quatre livres plutôt semblables et dans le même genre, j’avais envie de prendre des risques. Et il est le livre que je lirais en premier parmi ceux que j’ai écrits, c’est celui que je prendrais plus plaisir à lire.

"Carry On" est-il écrit comme Cath, de "Fangirl", l’aurait écrit, ou comme vous l’auriez écrit ?
C’est mon point de vue. Quand j’ai écrit « Fangirl », j’écrivais sur Simon et Baz du point de vue de Cath et de Gemma T. Leslie. Après ça, j’avais envie de le reprendre de mon point de vue à moi.  


Avez-vous, vous-même publié des fanfictions ?
Quand j’étais plus jeune, j’écrivais des histoires où j’étais le personnage central. J’étais fan des  « X-men » (rire) et je me représentais comme l’une des leurs, et tous les X-men dont j’étais amoureuse, tombaient bien sûr amoureux de moi. Mais vous voyez, il n’y avait pas Internet encore à ce moment-là, donc c’était simplement moi qui me faisais mes propres histoires. Ensuite, en tant qu’adulte, je suis devenue accro à "Harry Potter" ! J’ai lu tous les livres, vu tous les films. Et quand les films se sont terminés, j’ai eu comme une grosse panne, je pensais que ça continuerait pour toujours, et en fait non, c’était simplement fini. Et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à lire des fanfictions, car je ne voulais pas que ça se termine. J’étais donc à fond dans ces histoires écrites pas des fans de la saga, j’en lisais toutes les nuits jusqu’à pas d’heure ! Alors je me suis dit « si j’avais été une adolescente maintenant, si j’avais eu des gens avec qui partager tout ça. Pas seulement l’écriture, mais la passion et l’amour autour de ces histoires, j’aurais adoré ça. ». « Fangirl » est un peu ma revanche, à travers Cath, je partage mon amour de la fanfiction. J’ai mis en scène la façon dont cet univers aurait changé ma vie, si j’avais été une adolescente à ce moment-là. Mais je n’ai jamais écrit de fanfictions Harry Potter, donc n’essayez pas d’en trouver sur le net (rire). Bon, en fait, si j’en ai écrit… mais je ne les ai jamais mises en ligne.


vendredi 31 mars 2017

Ma démarche zéro déchet : introduction

Cette tendance fait parler d’elle depuis quelques années maintenant. Le zéro déchet est en librairie, à la télé et bien sûr, sur Internet. J’ai découvert ce mode de vie en 2015, lors d’un reportage sur la « gourou » du genre, Béa Johnson, qui expliquait son parcours et son passage au mode de vie zéro déchet. Déjà là, elle avait fait mouche ! Depuis son reportage, j’ai arrêté d’utiliser des sachets en plastique dans les supermarchés, et je demande constamment aux vendeurs des magasins de ne pas me mettre mes articles dans un sac, « c’est gentil, j’ai ce qu’il faut ».

Aujourd’hui, j’ai envie d’aller plus loin. Et je me suis lancée réellement en janvier 2017. Depuis deux ans, j’essayais certaines choses, sans concrètement être efficace. Le zéro déchet est une démarche personnelle, que j’ai envie de rendre publique, pour sensibiliser des gens. Si malgré ça vous allez en supermarché pour mettre 3 carottes dans un sachet en plastique, je ne vous jetterai pas la pierre, je ne suis personne pour le faire. À travers ces articles, j’aimerais simplement partager avec vous, et vous montrer mon quotidien dans cette démarche. De votre côté, soit ça ne vous touchera pas, et ma foi tant pis. Soit vous y êtes sensible, et là on pourra partager ensemble.



Toutefois, j’aimerais vous rendre attentif à certaines choses :
  1. Je le fais dans mon coin depuis quelque temps, et je décide de le partager avec vous aujourd’hui. Ça vous donne le droit de commenter ce que je fais, mais je serais attristée de lire des commentaires condescendants ou méchants.
  2. Vous avez votre rythme, j’ai le mien. Pour plusieurs raisons, je ne peux pas passer à ce mode de vie du jour au lendemain. Restez respectueux envers mon rythme.
  3. Ainsi qu’envers mes erreurs. Quand on décide de changer pour des alternatives, on peut se tromper. Tester, et se rendre compte plus tard qu’il y a mieux. On ne le savait pas. J’aime tester, et me rendre compte de ce qui marche ou ne marche pas pour moi. Et j’essayerai de vous faire part de ces erreurs le plus souvent possible.
Pour résumer, je passe au zéro déchet pour plusieurs raisons :
  1. Économie : au niveau des sacs poubelles, des aliments, des objets jetables qu’on rachète, etc.
  2. Prise de conscience : quel monde vais-je laisser à ma fille dans 20 ans ? Je ne suis qu’une goutte dans l’océan du monde, mais mon effort de petite goutte peut déjà faire une différence.
  3. Faire soi-même et savoir ce qu’il y a dans mes produits. L’industrie du 21e siècle veut toujours aller plus loin, alors que peu de choses suffisent pour être efficace. Que ce soit en cuisine, ménage ou cosmétique, on sait trop peu ce qui se cache dans nos produits et ce qu’on pulvérise dans nos maisons et sur notre peau. Revenir à certains basiques coûte moins cher, et est meilleur, j’en suis convaincue. 
  4. Acheter chez les gens de ma région, qui produisent ce que je ne peux pas faire moi-même. Et donc savoir chez qui va mon argent, aussi.
Ces articles seront une sorte de journal de bord de mon chemin à travers ce nouveau mode de vie. Pas simple pour toute la maison de s’y mettre, donc pour certaines choses on va y aller petit à petit, d’autres choses ne sont pas de mon ressort (je ne vais pas forcer mon compagnon à se laver zéro déchet s’il n’en a pas envie). Je pense que tout ça nous fera une chouette expérience, pas de mal au porte-monnaie, et que du bon pour la maison et notre santé. 
Je vous retrouve prochainement dans le vrai premier article de cette nouvelle catégorie. Avec déjà mes premières impressions sur certains changements effectués il y a quelques mois/années. Et les autres suivront au fur et à mesure de mes découvertes.

En attendant, voici quelques liens (pas trop, ne nous polluons pas non plus d'info) que j'ai personnellement trouvé utile et agréable à suivre :
Et si vous êtes de la région de Fribourg en Suisse, le groupe Facebook est très sympa et donne des adresses zéro déchet dans les environs. 

mardi 28 mars 2017

Les chroniques lunaires, tome 3 : Cress

Le sort de la Terre est dorénavant entre les mains de Cinder et de ses compagnons. Ils doivent à tout prix empêcher le mariage de l'empereur Kaito avec la terrifiante reine Levana.
Cress, hackeuse de génie, enfermée dans un satellite depuis sa naissance, est la seule à pouvoir les aider. Mais peut-on vraiment lui faire confiance ?


Mon avis

Attention, peut contenir des spoils concernant les tomes précédents : Cinder et Scarlet
 
En lecture commune avec Virginie, j’ai enfin sorti le troisième tome des Chroniques lunaires ! Et après ma lecture, je me suis fait la même réflexion que pour le dernier tome de Kaleb, « quand je commence une série, il faudrait que je m’active un peu et que je la termine plus rapidement ». Car Cress n’aura pas su me convaincre comme les deux premiers tomes. Et du coup, ce fut une lecture laborieuse.

La lunaire Cress est enfermée dans un satellite entre la Terre et la Lune depuis de nombreuses années, tout comme le personnage de Raiponce dans sa tour. C’est bon, vous avez fait le lien ? Parfait, car des liens, il y en a quelques-uns. Dans son satellite, Cress est tenue de brouiller, informer, espionner la Terre pour le compte de la reine Levana. Mais comme la jeune femme est enfermée là à cause de son peuple, elle n’est pas super emballée à l’idée de les aider. Alors, quand elle découvre la fuite de Cinder et ses amis, elle sait dans quel camp elle se trouve, et va aider, de loin, du mieux qu’elle peut notre petite bande de révolutionnaires.

Pourquoi je n’ai pas aimé le personnage de Cress ? Ne vous fâchez pas, c’est ainsi. Certains n’aiment pas Cinder (je la trouve froide, mais courageuse), d’autres n’aiment pas Scarlet (alors que des trois, c’est pour l’instant mon personnage féminin préféré) et bien moi je n’aime pas Cress.
Ce personnage est too much. Oui, je veux bien lui trouver l’excuse qu’en restant enfermée dans son satellite elle voit la vraie vie (si tu tiens la référence, je t’applaudis) un peu comme dans une sitcom qu’elle regarde quotidiennement sur ses écrans, mais quand même. Cress croit et rêve au prince charmant, et pas n’importe lequel, celui qui viendra la délivrer de sa prison spatiale. Elle est très naïve et représente potentiellement tout ce que je n’aime pas dans les personnages féminins. Son innocence et sa pureté me font grincer des dents. Car à travers toutes les images qu’elle a toujours pu voir de la Terre, et des guerres et problèmes qui s’y déroulent, elle n’est pas si pure et innocente que ça à mon avis. Vous l’aurez compris, trop fleur bleue pour moi.

À côté de ça, la suite de l’intrigue prend beaucoup de temps à avancer. Ce tome est long, pour pas grand-chose. L’autrice se perd dans des actions inutiles pour combler du vide. C’est dommage, car ça ne fait que casser le rythme du roman. Les 150 dernières pages sont enfin intéressantes ! Le bon point, c’est que nous avons quelques chapitres sur la Lune, et que nous découvrons enfin un peu mieux ce peuple de lunaires. Je croise les doigts pour avoir quelque chose à me mettre sous la dent dans Winter à ce niveau-là. D’ailleurs, la découverte de ce personnage m’a plutôt séduite pour l’instant. Je ne demande donc qu’à la découvrir dans le dernier tome.
Ce qui me plaît toujours beaucoup, c’est la façon dont l’autrice réécrit les contes. Thorne a donc beaucoup d’importance ici, et son personnage va vivre beaucoup de choses que son personnage classique a également vécues. Les liens sont bien trouvés.

Maintenant, j’aimerais que les presque 1000 pages de Winter ne soient pas du vide, et nous amènent vraiment à une bonne fin !


Autrice : Marissa Meyer
Éditeur : Pocket Jeunesse 
Collection : Grands formats
Parution : 10 octobre 2014
Pages : 660
EAN-13 : 9782266218191


vendredi 17 mars 2017

Le goût du bonheur, tome 2 : Adéläide

Les étés immuables sur l'île québécoise d'Orléans sont à jamais perdus. La guerre et les réquisitions ont dispersé la plupart des hommes. Et le destin s'acharne sur Adélaïde, désormais épouse du brillant Nicholas McNally sans cesse menacé par la démence de sa propre soeur. Adélaïde, elle, reste droite malgré tous les déchirements qui l'assaillent. Si la jeune femme conserve le goût du bonheur en pleine tragédie, c'est à Florent qu'elle le doit, cet ami de toujours dont la tendresse défie les années. Pour combien de temps encore ?


Mon avis

Peut contenir des spoilers concernant le tome précédent Le goût du bonheur, tome 1 : Gabrielle.

Si j’ai lu le premier tome au ralenti, j’ai dévoré la suite de la trilogie de Marie Laberge : Le goût du bonheur. Ces romans auront ma peau. J’ai terminé Adélaïde un dimanche soir, et j’étais en larmes. Cette fin est insupportable. Déchirante. Pire que celle du premier tome !

Comment revenir sur ce second volume ? Premièrement, il ne possède pas ce fameux bémol que je souligne régulièrement, ce n’est pas un tome passerelle. Il possède sa propre intrigue, ses moments de doute et de joie. Marie Laberge m’impressionne toujours avec sa plume, mais également avec ses personnages certes nombreux, mais tous attachants. Souvent, je galère quand il y a trop de personnages, mais ici, impossible de se tromper ou de confondre. Chacun possède son rôle, et on s’attache à tout le monde. L’autrice fait évoluer son histoire sans heurt, alors que la fin du premier tome était difficile, autant pour les personnages que pour les lecteurs.

Au début, Adélaïde est en proie à de nombreux doutes. Elle doit affronter la colère de son père. Faire le deuil de sa mère, et se consoler du départ de son amant. L’enfant qu’elle porte alors aurait pu la détruire socialement à jamais. C’était sans compter sur le dévouement de Nic, qui la prend sous son aile. Quand on y repense, Adélaïde a beaucoup de chance. Et pourtant, elle va traverser de nombreuses épreuves. Je pourrais parler de cette femme pendant des heures. Elle est tout ce que j’admire. Adélaïde croit en ses idées et se bat pour qu’on l’écoute et qu’on la respecte. Dans une société qui prône le savoir-vivre, elle est je trouve la plus tolérante et ouverte d’esprit. Malheureusement, elle est la victime de beaucoup de préjugés, alors qu’elle est la première à défendre les droits de femmes et à refuser certaines coutumes religieuses qui condamnent les pêcheurs sans raison valable. C’est naturellement qu’Adélaïde fait face à tout ça, enceinte, et ensuite mère avec un mari parti à la guerre.

Plusieurs choses m’ont marqué dans ce roman. J’en parle plus haut, mais notamment le décalage entre la vraie vie et la politique ecclésiastique. On sent que l’église n’est plus à sa place, et n’évolue pas assez comparé au monde. En Europe, la guerre fait rage, et les personnages de Laberge s’insurgent contre cet acharnement qu’a Hitler sur les juifs. Que ce soient les personnages croyants et non croyants, chacun possède sa part de vérité, chacun va expliquer à l’autre son ressenti. C’est une ouverture d’esprit assez grande pour cette époque de trouble.
La seconde chose qui m’a marqué, et qui marque Florent dans le roman également, c’est la proximité entre les riches et les pauvres. D’une rue à l’autre, on dégringole d’une classe sociale à une autre. Les riches sont très riches, tandis que les pauvres ne peuvent pas se chauffer l’hiver. Et le personnage de Florent est le plus légitime pour ressentir cette différence. Il est conscient de sa chance, mais refuse beaucoup du luxe qu’on lui offre. Tout ça le dérange. Et va nous déranger, nous lecteurs, également.
Et bien sûr, comment parler de ces romans sans parler des femmes ? Gabrielle avait allumé la mèche dans le premier tome, sa fille reprend parfaitement le flambeau et transforme une petite flambée en feu de joie ! Son tempérament est une véritable révolte pour de nombreux personnages masculins. Qui se sentent dépassés par cette femme sûre d’elle et pleine d’idées pour l’entreprise qu’elle gère à la place de son mari. Nic peut d’ailleurs recevoir une médaille pour son comportement envers sa femme, pour l’époque à laquelle ils vivent. Ces couples (j’avais déjà souligné l’avancée de celui de Gabrielle et Edward dans le premier) sont avant-gardistes. Ils veulent prouver que l’homme et la femme sont sur un pied d’égalité. Et ça fait du bien.

Comme pour Gabrielle, Marie Laberge ajoute beaucoup de cachet à son histoire en passant avec aisance d’un personnage à un autre. On navigue de page en page sans jamais se lasser. Ça coule de source. Tout est calme et plat, on prend plaisir à suivre ces personnages attachants, quand soudainement une énorme vague vient tout ravager, et bien sûr, c’est toujours sur les dernières pages que cette vague arrive. Nous laissant dans un état à la limite de l’inconscience. Elle m’a ravagé le cœur ! Si le troisième tome poursuit et termine sur cette lancée, cette trilogie aura pour sûr mon coup de cœur ! Le deuxième l'a déjà en tout cas, impossible de ne pas le lui attribuer.


Autrice : Marie Laberge
Éditeur : Pocket
Collection : Best
Parution : 3 mai 2007
Pages : 949
EAN-13 : 9782266167611


mardi 14 mars 2017

La langue des bêtes

Il était une fois un vieux chapiteau de cirque à l'orée d'une forêt sombre et profonde : c'est là que vit la Petite avec sa famille, une ancienne troupe de saltimbanques. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle, mais ils tissent autour de la gamine un cocon protecteur d'histoires et de légendes.

Un jour, un chantier gigantesque vient tout bouleverser : le campement va être rasé et la Petite est envoyée à l'école du village. Elle va alors faire appel aux forces obscures de la forêt pour tenter de sauver les siens.

Dans la lignée du Coeur des louves, son précédent roman, Stéphane Servant nous raconte une fable envoûtante. Au travers du regard décalé d'une enfant sauvage, fille d'une funambule et d'un ogre, il nous convie à croire à la magie des histoires.


Mon avis

Après un gros coup de cœur pour Lecœur des louves, j’attendais beaucoup de ce nouveau roman de Stéphane Servant. Il me l’avait d’ailleurs spécialement dédicacé.
Je suis entrée dans cette histoire avec la même envie de découvrir cette magie mystique qui habitait les personnages de son précédent roman. Il y avait un véritable message pour moi.

Le style de l’auteur ne change pas beaucoup ici. Toujours cette barrière très floue entre la magie et le réel. On se demande toujours ce qui est vrai, et ce qui n’est qu’une métaphore. Petite et les membres du cirque jouent beaucoup sur ces légendes, qu’ils racontaient durant leurs représentations. Encore une fois, j’ai trouvé la plume très poétique, et en accord avec l’histoire. Malheureusement, je n’ai pas ressenti le même frisson que pour Le cœur des louves. Étrangement, j’ai trouvé cette histoire trop compliquée, avec beaucoup de métaphores, pas toujours évidentes à deviner. On avance justement toujours dans un gros brouillard, sans trop savoir ce qui est vrai ou faux.

Petite est le personnage le plus touchant. La plus honnête aussi, finalement. Celle qui colle le mieux à son environnement. Elle n’a toujours connu que ce terrain vague où le cirque a élu domicile avec ses caravanes depuis des années, depuis sa naissance. Elle est à moitié sauvage, car elle n’a connu que cette manière de vivre. Je n’ai rien ressenti de spécial la concernant, je me sentais très distante d’elle, ou des autres membres du cirque. Mais elle est la plus fidèle de tous les personnages. Celle qui croit jusqu’au bout à la Bête, qui essaie le plus de choses pour sauver les siens. Donc même si je me suis sentie très éloignée d’elle, elle a tout mon respect et je la trouve très humble finalement, car sincère envers elle-même et ceux du cirque. Contrairement au reste de la troupe, qui s’est, pour moi, tellement caché dans ses mensonges qu’il ne voit plus la vérité. Leur manière de faire trop vivre ces légendes jusqu’à l’excès ne m’a pas convaincu. Je ne comprenais pas l’avantage qu’ils en tiraient. Leur vie est difficile, pleine de mensonges et de zones d’ombre.

Il y a presque plus de magie dans ce roman, que dans le précédent. C’est peut-être ce qui m’a perdu au bout d’un moment. Je ne voyais pas où voulait aller l’auteur. Il y avait beaucoup de mystère pour peu de choses finalement. Des états d’esprits très embrumés. L’histoire de la bête m’aura laissé de marbre, jusqu’au bout je crois ne pas avoir compris sa référence, l’image qu’elle est censée renvoyer.

Dommage, car j’étais bien partie. J’essayerai sans doute autre chose de cet auteur, car sa plume m’avait vraiment charmée dans Le cœur des louves, faisant de ce roman mon favori de 2016. Mais voilà, ça ne peut pas marcher à tous les coups.


Auteur : Stéphane Servant
Éditeur : Le Rouergue
Collection : -
Parution : 19 août 2015
Pages : 443
EAN-13 : 9782812609268  

dimanche 12 mars 2017

On regrettera plus tard, De tes nouvelles



Cela fait bientôt sept ans qu'Éric et sa petite Anna Nina sillonnent les routes de France. Solitude choisie. Jusqu'à ce soir de juin, où le vent et la pluie les obligent à frapper à la porte de Valentine. Un orage peut-il à lui seul détourner d'un destin que l'on croyait tout tracé ?

Avec la vitalité, l'émotion et la générosité qui ont fait l'immense succès de Juste avant le bonheur et Parc avec lui, Agnès Ledig explore les chemins imprévisibles de l'existence et du coeur. Pour nous dire que le désir et la vie sont plus forts que la peur et les blessures du passé.


Mon avis

Comme j’ai lu ces romans à la suite, je me suis dit qu’en faire une seule chronique serait beaucoup plus simple (et m’éviterait de me mélanger les pinceaux aussi). Si j’ai enchaîné ces deux lectures, c’est parce que j’ai rencontré l’autrice, Agnès Ledig, le 27 février dernier à Paris pour une interview. Novice dans l’exercice, j’étais un peu stressée, et Agnès m’a immédiatement mise à l’aise. Et ses réponses (que vous retrouverez en bas de l’article) m’ont vraiment apaisée. C’est une femme pleine de sagesse et de bienveillance. Et ses romans reflètent parfaitement cet état d’esprit.

Dans On regrettera plus tard, Valentine va accueillir Eric et sa fille Anna-Nina durant une nuit d’orage. La petite a de la fièvre, et a besoin de soins. À partir de cette rencontre, les personnages vont se tourner autour et apprendre les uns des autres.
Agnès Ledig, comme elle le dit si bien, s’intéresse toujours aux destins écorchés, pour avoir quelque chose à raconter. Valentine est une femme qui ne trouve pas chaussure à son pied, et qui comble beaucoup de choses grâce à sa créativité. Ce personnage m’a vraiment fait sourire, elle a toujours quelque chose à faire, et ne se pose que rarement. Une femme pleine de ressources et d’entrain. Quand Eric débarque, elle est un peu brusque avec lui, et n’hésite pas à proposer à Anna-Nina de découvrir des choses qu’elle ne connaît pas, sans forcément en parler à son père avant. Sur le moment, je la trouvais trop speed, à toujours aller très vite, à suggérer mille choses différentes.
Eric, quant à lui, voyage à travers le pays avec sa fille depuis qu’elle a 2 mois. Père et fille sont seuls, et vivent très bien ainsi, dans une roulotte tout confort et aménagée de manière à ne jamais manquer de rien. Ce soir d’orage l’aura pris de court. Enfermé dans sa routine et son duo avec sa fille, il n’apprécie pas vraiment les changements que leur apporte Valentine. Il est casanier et grognon, mais je pense que c’est le personnage dont je me suis sentie le plus proche, car son passé le hante, et sa vie de bohème lui convient parfaitement. Alors, pourquoi changer ?

Comme toujours, l’autrice met en lumière les forces et les faiblesses de chacun. Y mêle des histoires du passé. Des moments tendres et merveilleux. Elle le fait si bien, qu’on pourrait se demander si une vie comme ça existe réellement. J’adorerais vivre comme Valentine et son voisin Gustave. Ils vivent avec peu de choses, mais sont riches à l’intérieur. Chacun apporte sa pierre à l’édifice et ils sont heureux ainsi. Grâce à leur simplicité de vie. Agnès me disait durant notre rencontre que « chacun peut faire sa part », personne ne peut arrêter le conflit en Syrie, mais avec nos moyens, faisons ce que l’on peut dans notre entourage et à notre échelle. Grâce à ses mots, je comprends encore mieux ses romans, que l’on pourrait qualifier de « trop tendres » - « peu réalistes », mais je trouve que grâce à ses histoires, elle apporte de la joie et de l’espoir à des lecteurs qui n’en avaient peut-être plus. 


Autrice : Agnès Ledig
Éditeur : Albin Michel
Collection : Romans français
Parution : 2 mars 2016 et 1er mars 2017
Pages : 310 et 342
EAN-13 : 9782226320933 et 9782226396358


vendredi 10 mars 2017

La peur



C’est quelque chose d’assez commun ; avoir peur. On peut être tétanisé à l’idée de prendre l’avion, ou d’affronter l’araignée qui se tapit dans le coin de la chambre. On a tous peur de quelque chose. Mais la peur d’aujourd’hui, c’est une peur liée à notre société. Celle qui te ronge quand tu approches de la boîte aux lettres. Celle qui te tord l’estomac quand tu lis un courrier incompréhensible, parce que ça vient de l’État, donc on utilise un vocabulaire d’État, donc tu n’en comprendras pas la moitié, débrouille-toi. Une autre enveloppe avec un bulletin de versement ? Un montant à payer ? Dans le doute, je le paie avant de savoir exactement ce que c’est, comme ça je ne risque rien. Peur de téléphoner. De recevoir des appels de numéros inconnus. Peur des titres de mails. De lire ces mails. D’écrire un mail, pour poser une question. Demander un renseignement. Peur de ne pas savoir ce que je veux dans la vie. De ne pas oser faire certains choix. Peur de faire faux. De paraître bête de ne pas savoir. La liste est longue.

À 20 ans, je me disais que c’était normal d’avoir peur. J’entrais tout juste dans ma vie d’adulte, en quittant la maison de papa-maman. Remplir des papiers, payer des factures, faire des demandes et passer des coups de téléphone de grands, je pensais que c’était une habitude à prendre. Six ans plus tard, j’ai toujours peur. Alors je repousse, je me dis que si c’est fait demain, ça ira aussi. Et le lendemain, je recommence. Et un jour où je suis plus courageuse, je prends tout ça, et je règle tout. Sur le moment, je me sens bien, et grande, et invincible. Mais après, tout reprend comme avant. Et j’ai de nouveau peur.

Certains articles parlent de phobie administrative. Traitant les personnes atteintes de fainéants, ou encore de radins. Et si c’était simplement des gens effrayés par tout ce qu’il faut faire, et connaître des choses comme si ça coulait de source ? À quand des cours obligatoires à l’école (CO, Lycée, qu’importe le pays dont vous venez), qui apprennent enfin aux jeunes ce qu’ils devront faire après, quand ils n’auront plus papa ou maman pour les aider. Car non, tous n'ont pas ma chance d'avoir leurs deux parents prêts à les écouter et à leur venir en aide.
Leur apprendre à comprendre les courriers importants. Je ne suis pas une personne désorganisée, j’ouvre, je traite, je classe, mais je n’en reste pas moins effrayée. Je me réveille tôt le matin, la peur au ventre, pensant aux choses qui m’attendent aujourd’hui. Vais-je enfin rédiger cet email pour demander un virement ? Oui c’est sur ma liste depuis 15 jours. Mais aujourd’hui, c’est la bonne ! Ou demain ?
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